Reconstruction

Descriptif des travaux de restauration

Il est décidé en 1985, suite à la visite de Monsieur Jean-Pierre DECAVELE, technicien-conseil auprès du Ministère de la Culture, de réaliser simultanément une restauration approfondie et minutieuse du buffet et une reconstruction  » à la française  » de l’instrument.

Pourquoi ce parti pris ?

L’orgue de Mouzon est le seul vestige de la facture de Christophe MOUCHEREL dans le nord de la France.

Ce buffet est l’un des mieux proportionnés et des plus richement décorés de la facture française d’alors, très élégant de surcroît grâce à ses  » courbes-faces  » reliant les différentes tourelles.

 

 

 

Les angelots musiciens du Positif

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le grand buffet s’affaissait dangereusement et le Positif, flanqué de jouées latérales postérieures et inopportunes, avait perdu son encorbellement d’origine.

Le Buffet en restauration dans l’atelier

Les deux sommiers de Pédale de Christophe Moucherel, de douze notes chacun, ont été scrupuleusement restaurés par Romain.

Sommiers de Pédale

Les cinq petits rescapés en étain de Christophe Moucherel n’ont pas été replacés, mais mis en vitrine à l’exposition sise à la galerie nord.

Tuyaux d’origine

Un tel ensemble ancien restauré ne pouvait contenir qu’un INSTRUMENT DE CARACTÈRE qui soit un témoin de l’âge d’or de la Facture Classique française.

Les trois mousquetaires… qui étaient quatre, joyeux compagnons monteurs de l’orgue en juin 1991.
De gauche à droite :  Basilio, Michel, Giorgio, Marco.

On peut ainsi apprécier à sa juste valeur, grâce aussi au tempérament inégal (trois tierces justes) et au ton ancien (la 392), toute la très riche littérature française, voire en partie européenne, du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle.

Jean-Philippe Gélu
Frédéric Peyronnet

 

Travaux de restauration

Toutes les parties de l’Orgue qui ont été restaurées ou reconstruites, l’ont été selon la manière et le goût des facteurs d’Orgues du XVIIIe siècle, et en respectant la lettre et l’esprit du Traité de Dom Bédos de Celles, paru en 1766.

BUFFET :

Après démontage complet, décapage de la peinture marron XIXsiècle qui recouvrait toutes les pièces et les sculptures – traitement des bois – consolidation des parties abîmées – réparations de tous les assemblages – chevillage neuf – reconstruction des parties manquantes (moulures, portes, panneaux, plafonds…) – préparation aux reprises de sculptures – mise en teinte – lustrage (cire d’abeille).

Après décision de l’architecte en chef des Monuments Historiques, le travail de sculpture (réparations et compléments neufs) est confié à Monsieur Patrick Rosenstein, de Laxou (Moselle). Ces travaux sont suivis par Isabelle Frossard et Caroline Piel, Inspecteurs des Monuments Historiques.

MÉCANIQUE :

La transmission a été construite à neuf. Les abrégés et les balanciers sont en chêne, les vergettes en sapin. Après restauration scrupuleuse du matériel ancien pour le tirage des jeux, les autres rouleaux nécessaires, pilotes tournants, tirants et supports ont été construits en chêne. Les bras, balanciers et leviers sont en fer forgé.

SOUFFLERIE :

Reconstruction de la soufflerie à l’ancienne, composée de 4 grands soufflets cunéiformes en châtaignier exactement doublés de parchemin et garnis de double épaisseur de peau blanche, avec ses tréteaux, ses 4 gosiers, son porte-vent primaire, un lève-soufflets électromécanique, et tous les rouages pour le fonctionnement à la main, donnant un vent régulier et unique pour tout l’instrument de 80 mm de pression.

Les porte-vent sont en chêne doublé de parchemin, les postages sont en plomb avec joints de filasse.

SOMMIERS :

Les deux sommiers de Pédale de Moucherel (2 x 12 notes) ont été soigneusement restaurés (démontés, ré encollés, redressés, soupapes d’origine repeaussées, ressorts, esses et boursettes neufs). Ils reçoivent les tuyaux de Flûte 8, Flûte 4, Trompette et Clairon.

Tous les autres sommiers sont neufs et ont été reconstruits selon les règles de la Facture d’Orgue en vigueur au XVIIIe siècle. Ils sont en bois de chêne de Slavonie, les garnitures en peau blanche soigneusement collée, les ressorts et demoiselles en fil de laiton écroui et les faux-sommiers en tilleul.

— Sommier de Positif (50 notes)

— Sommier de Grand-Orgue en deux parties (50 notes)

— Sommiers de Pédale : 1 pour le complément de 3 notes, 2 autres pour les jeux de Flûte 16 et Bombarde

— Sommier de Récit : (32 notes)

— Sommier d’Écho : (39 notes)

 

TUYAUTERIE :

Les Flûtes 12 et 6 de Pédale de Moucherel ont été restaurées avec le plus grand soin.

Les autres tuyaux de bois tels que Basses de Bourdon de 16, Bourdon de 8 et Flûte de 16 ont été construits en chêne.

Tous les autres tuyaux ont été construits à neuf exactement selon les pratiques d’autrefois et sur les modèles de Christophe Moucherel.

Outre les Montres qui sont toutes d’étain forgé, raclé, poli et bruni, les jeux d’anches et tous les Prestants, Doublettes, Fournitures et Cymbales ont le corps en étain fin (95 %) sur pied et noyau d’étoffe. Toutes les Flûtes et Bourdons, Quartes, Tierces, Nasards et Cornets sont d’étoffe. Tout le métal a été forgé sur enclume selon l’usage. Les jeux d’anches ont leur anche et languette en laiton, les coins en noyer et les rasettes en fer. La tuyauterie est coupée au ton ancien d’origine (La = 392 Hz). Le tempérament est inégal : 3 tierces justes.

CONSOLE :

La console en fenêtre a été construite à la place et aux dimensions d’origine. Un groupe de 4 claviers a été construit avec le plus grand soin et selon les meilleures principes de la facture du XVIIIe siècle, tout en bon chêne. Les bras de claviers sont en noyer, les palettes en ébène, les feintes en noyer plaqué d’os. Ces claviers ont 50 touches chacun, de C1 à D50, sans premier ut dièse. Deux claviers de Pédale ont été construits selon les meilleures exemplaires de la facture des XVIIIe siècle Français et Allemand. Ils sont interchangeables et ont 27 notes ( C1 – E27 ), sans premier ut dièse et sans Eb26.

D’après Barthélémy FORMENTELLI (description des travaux), in Festival d’Inauguration des Orgues Christophe Moucherel de Mouzon, octobre 1991.